Sylvie M :
Nous sommes début novembre 1997 .
Lola, ma fille vient de faire sa première rentrée des classes en septembre et a pour maîtresse Nathalie . Comme chaque parent j’ai fait sa connaissance à la réunion d’accueil puis chaque matin lorsque j’accompagne Lola dans sa classe je la vois .
Un midi en novembre, elle m’appelle sur mon portable alors que je suis à Paris au restaurant pour me chercher Lola qui a très mal à la tête. Après plusieurs examens … le verdict est tombé , il s’avère que Lola notre petite fille de quatre ans à peine a une tumeur au cerveau inopérable et incurable.
Mais Lola qui est à l’école dans la classe de Nathalie ne comprend pas pourquoi elle ne peut pas retourner avec ses nouveaux amis .
Alors je prends rendez-vous avec la maîtresse, et je décide de jouer la carte de la vérité, je la supplie de plaider ma cause auprès de la directrice pour que Lola puisse revenir dans la classe .
Je vois dans les yeux de Nathalie ce jour là, une tristesse infinie d’apprendre le triste verdict.
Lola reprendra la classe quelques courtes semaines car la maladie ne lui en donne plus la force.
Nous sommes à la période de Noël… Les traitements lourds ont commencé. On sonne à la porte de notre maison et à ma grande surprise, Nathalie est là avec un cartable rempli de cahiers, de couleurs, de marionnettes, de gommettes, de livres…
Et elle m’annonce, que puisque Lola ne peut pas se rendre à l’école,
L’école viendra à elle chaque jour. Et chaque jour, après la classe, alors que Nathalie a chez elle deux petites filles qui attendent leur maman, Nathalie est présente et varie chaque jour les activités avec Lola.
Nathalie a été pour Lola et nous parents notre récréation pendant des mois .
L’heure de la classe était un moment suspendu dans l’ horreur de cette maladie. Chaque jour je me rapprochais de Nathalie qui n’était plus à présent que la « maîtresse « de Lola, mais qui devenait une personne ressource, mon amie,
Nathalie n’accompagnait pas que Lola, elle nous portait tous .
Elle riait avec nous,
Elle pleurait avec nous,
Elle espérait avec nous,
Elle nous a tant apporté durant les neuf mois de la maladie de Lola .
Nathalie, c’est une fée de douceur qui nous a accompagné jusqu’au dernier souffle de Lola.
Dans la nuit du 2 août 1998 Lola est partie,
Nathalie, elle , est restée.
Elle fait partie de notre vie aujourd’hui à jamais.
Philippe D :
C’est par la force de sa présence que Nathalie a su m’accompagner après le décès de mon fils, parti beaucoup trop tôt, alors qu’il n’était encore qu’un très jeune homme. Epaulé par cette présence faite d’ouverture et de douceur, j’ai pu exprimer la peine qui était la mienne avec mes mots et mes larmes, et m’engager dans le cheminement qui serait désormais le mien à travers le chagrin infini. Son accompagnement m’a permis de ne pas me perdre dans la douleur et de parvenir à conserver mon calme, jusqu’à ce que je puisse trouver la posture d’acceptation qui est finalement la seule que l’on puisse avoir face à la mort.
Christine C :
J'ai trouvé dans les groupes de parole proposés par Nathalie l'espace qui me convenait pour déposer ma peine, mes colères, mes inquiétudes. Mais ce qui a été le plus précieux pour moi c'est que je me suis surtout sentie écoutée, entendue, entourée, comprise, et soutenue.
L'echo des expériences de chacun, les échanges et les retours de Nathalie ont été pour moi une béquille indispensable me permettant de rompre avec le silence dans lequel j'étais enfermée.
Alice D :
Lorsque tout s’effondre, que l’être est fragmenté par le sol qui se dérobe dans l'épreuve, au point que plus rien ni personne ne parvient à accueillir l’immensité du chaos qui nous habite, ni ne sait nous rejoindre sans risquer de se perdre, on atteint alors un abîme où les mots, le langage et le récit n'ont plus aucun sens.
C'est là, au cœur d’un deuil traumatique et dans l’isolement le plus absolu que mon chemin a croisé celui de Nathalie.
Sa rencontre fut une providence, un événement salvateur pour moi. Sans son intervention, je me serais irrévocablement effondrée et n'aurais su vers qui me tourner pour trouver la force de surmonter tant d'adversité seule.
Nathalie a eu le courage insigne de me rejoindre exactement là où je me trouvais, de me tendre une corde sans jamais trahir la moindre crainte face à l'abîme et au chaos dans lesquels je me débattais.
En ce lieu sombre, à la lisière entre le monde des morts et celui des vivants, elle n'a pas eu peur de descendre me chercher, au-delà de la parole et des mots, par la seule grâce du lien, de sa présence, sa patience et sa bonté d'âme, son intelligence du cœur, elle a su me tendre la main alors que je ne rencontrais que des murs autour de moi.
Par sa compréhension profonde de l'expérience humaine, son accompagnement m'a permis de retrouver des repères, de poser des pierres, et a empêché que mon être ne se dissolve dans le néant de l'accumulation des épreuves.
Nathalie a accompli ce travail avec une humilité, une simplicité et une intégrité rares.
En ces instants de vulnérabilité extrême où l’on ne sait plus vers qui se tourner tant le monde déçoit, se dérobe ou trahit, et où la réalité nue du deuil suscite souvent l’effroi, la fuite ou le déni, s’immiscer dans une telle détresse exige une droiture d’âme hors du commun.
À cette période charnière de mon existence où ma capacité à accorder ma confiance était brisée et où ma foi en l'être humain vacillait, l’assurance de sa fidélité et de son indéfectible soutien m’a permis de me livrer avec confiance et en toute sincérité.
Dès les premiers instants, son écoute, sa patience, son ouverture d'esprit, sa douceur, sa solidité et sa disponibilité, doublées d'une finesse d'esprit et d'une adaptabilité immenses ont emporté mon adhésion, et ont guéri mes blessures unes à unes.
Nathalie possède une capacité rare à rencontrer autrui, là où il se trouve, dans sa vulnérabilité la plus grande, notamment dans les moments où le sens des choses fait défaut.
Sa rigueur exemplaire, observant toujours la juste distance malgré les tempêtes, fut pour moi d'un soutien infaillible; l'ancre solide qui a préservé mon existence d'un naufrage.
Nathalie a fait don de son cœur et de son humanité avec une puissance de douceur et une hauteur spirituelle singulières. Là où le sens s'était perdu, elle a déposé, pierre par pierre, les fondements de ma reconstruction.
Nos échanges ont restauré en moi un sol ferme et cette colonne vertébrale qui m’ont permis, par la suite, de préserver mon axe et de puiser en moi les ressources nécessaires pour reconstruire un sens à mon existence, sans jamais me trahir et retrouver une continuité, un sens, une cohérence dans le réel.
Sa démarche n’a pas été un simple acte de présence éphémère, elle a déposé avec la justesse de ses paroles en mon for intérieur une étincelle durable qui reste aujourd'hui ma lumière lorsque le chaos s'invite encore en moi.
Aujourd'hui je porte cette lumière en moi. Grâce à son travail et à sa générosité, je suis revenue à la vie, entière, debout.
Elle m'a permis de continuer à croire en l'humanité, en ma propre force et en l'amour.
Elle m'a sauvé la vie.